François Rabelais "Qui ôterait oisiveté du monde, bientôt périraient les arts de Cupidon."

Généralement, François Rabelais fait ressurgir en nous des souvenirs fragmentaires d’extraits de Gargantua et Pantagruel que nous avons lus et étudiés au lycée, mais ceci est malheureusement trop ténu pour bâtir une improvisation. Aussi, cet article est là pour palier à ce problème.

Pour appréhender l’oeuvre de Rabelais, il faut tout d’abord la situer dans son époque : le XV ème siècle.
L’article sur le XVIIème peut servir de base si l’on arrive à se projeter deux siècles plus tôt. Il faut pour cela savoir que nous sommes au moyen-âge, il y a encore des châteaux et des villes fortifiées, ainsi que de nombreuses guerres. C’est l’époque de Gutenberg, Christophe Colomb et Jeanne d’Arc, même si la découverte de l’Amérique n’intervient qu’à la toute fin du siècle et celle de l’imprimerie vers son milieu. En revanche, revoir des films historiques sur Jeanne d’Arc permettra de se mettre dans l’ambiance.

Un aspect important de la personnalité de Rabelais, et qui participe largement à l’intérêt que l’on porte à son œuvre, est qu’il était un humaniste. Afin de restituer cette particularité, il est nécessaire de connaître les caractéristiques de l’obscurantisme : Il se base sur le refus de toute discussion et réflexion, pour placer le savoir dans l’apprentissage de dogmes, écrits et doctrines établies. Un bon exemple d’obscurantisme fût le refus d’admettre la place centrale du soleil au sein de notre système de planètes. Rabelais tourne en dérision ce mode de pensé en mettant en scène des personnages l’utilisant largement. Ils énoncent beaucoup de grands principes avec un vocabulaire hermétique tout en refusant toute remise en question. La Sorbonne est souvent prise pour cible à ce sujet. Ceci sera un élément complexe à rendre en improvisation car Rabelais était très cultivé : en géographie, en anatomie, en science, en botanique, en gastronomie, en théologie, et même en langues (Panurge, le compagnon de Pantagruel parle 7 langues). Il sera ainsi nécessaire, à défaut de posséder semblable érudition, de donner l’impression de connaître un grand nombre de termes savants (d’origine grec, latine ou autre). De la même façon, l’aspect moyenâgeux du language employé doit tansparaitre dans le jeu, et il sera nécessaire, sans pour autant parler en vieux français, d’employer des termes ou expressions évoquant cet époque : « Seigneur Dieu, faut-il que je me contriste encore ? Cela me fâche ; je ne suis plus jeune, je deviens vieux, le temps est dangereux, je pourrais prendre quelque fièvre ; me voilà affolé. Foi de gentilhomme, il vaut mieux pleurer moins, et boire davantage ! »
En réponse à l’obscurantisme, les personnages principaux de Rabelais utilisent l’analyse, la réflexion et la discussion pour évoluer, apprendre et s’enrichir. Dans cet ordre d’idée, il est également important de noter que ses récits sont sont initiatiques : le personnage principal apprend des ses aventures et en ressort plus sage et par là même plus proche de la pensée humaniste du siècle des Lumières qui suivra.
Malgré l’avance que Rabelais avait sur la pensée de son temps, l’image de la femme est encore très moyenâgeuse dans ses récits. Ainsi, il n’y a pratiquement pas de rôle féminin dans Rabelais, et les rares apparitions de femmes ne sont là que pour mentionner la présence d’une mère, se moquer des bourgeoises précieuses, ou donner lieu à une allusion obscène. Ceci est tellement vrai que l’on peut pratiquement considérer cette catégorie comme une « nombre de joueurs : garçons uniquement ».

Lorsque l’on se souviens de nos contacts avec Rabelais au lycée, il y a un aspect de ses textes qui nous est totalement étranger, et pour cause, c’est celui scatologique, matchiste et même pornographique. Un bon exemple de ceci est le discours tenu par Panurge à Pantagruel sur la façon dont les murailles de Paris devraient être construites. Sous une autre forme, la vulgarité des textes de Rabelais apparaît également dans le nom de certains personnages dont il souhaite se moquer (ex : Baisecul), ainsi que dans les expériences ridicules que peut faire le héros avant de découvrir le mode de pensé humaniste (voir l’épisode du « Torchecul » dans Gargantua).

Lors de son parcours initiatique, Gargantua, comme Pantagruel, croisent de nombreuses guerres, batailles, conquêtes, luttes de royaumes avec beaucoup de détails sanguinolents pour décrire les scènes où ils se retrouvent. N’oublions pas que nous sommes encore au moyen-âge, et que la torture est encore pratiquée. Les champs de bataille sont alors de vraies boucheries, qui plus est décrites en détaille par Rabelais.

Pour son apprentissage, et tout au long du récit, le personnage principal a toujours des compagnons. C’est Panurge pour Pantagruel, et une bande de cinq ou six amis pour Gargantua, parmi lesquels le conteur Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais).

En effet, les deux œuvres principales de Rabelais sont écrites sous la forme d’une histoire que l’on raconte, avec un narrateur qui s’adresse directement au lecteur. Aussi, il sera pertinent, bien que non indispensable, d’avoir recours à un conteur pour cette catégorie.

Enfin, on ne peut parler de Rabelais sans dire un mot sur l’origine de l’expression « gargantuesque ». Même si l’on a vite tendance à l’oublier lorsqu’on lit leurs récits, Pantagruel comme Gargantua sont des géants (à la taille toute élastique selon les passages de l’histoire, de quelques dizaines de mètres à plusieurs dizaines de kilomètres). De là, il est régulièrement mentionné dans le récit des détails rappelant les proportions des personnages, et ce toujours dans la surenchère, que ce soit lors des repas (« dix-sept mille neuf cent treize vaches ») ou dans les objets utilisés (lesquels sont dit comme visibles dans certaines villes de France, sous la forme de parties d’édifices comme des chaînes de pont, des colonnes de pierre, des cloches de cathédrales…)

Cet article ne prétend pas être exhaustif tant il y a de choses à dire sur Rabelais, mais ces quelques éléments seront une bonne base afin d’arriver à respecter cette catégorie lors d’une improvisation, le mieux étant comme toujours de lire au moins une œuvre de cet auteur.

François Rabelais "Qui ôterait oisiveté du monde, bientôt périraient les arts de Cupidon."